Interrogatoire des Templiers de la sénéchaussée de Carcassonne, le 13 novembre 1307

Cahier de papier. 26,5x 19 cm. Ecriture cursive.
Cahier de papier. 26.5 x 19 cm. Ecriture cursive.

L'Ordre du Temple, fondé en 1120 pour défendre la chrétienté en Terre Sainte, est devenu au début du XIVe siècle l'un des plus riches et des plus puissants de l'Occident chrétien. Ses statuts lui confèrent une grande indépendance - les Templiers sont notamment exemptés de justice épiscopale.

En outre, les dons et revenus dont il bénéficie, ainsi que les activités banquières qu'il pratique, ont fait des souverains européens, et particulièrement du roi de France, ses principaux débiteurs. C'est dans ces conditions que Philippe le Bel fait arrêter, le 13 octobre 1307, les Templiers de France. En ces temps de difficultés budgétaires, il entend ainsi effacer la lourde dette contractée auprès de l'Ordre et accessoirement faire main basse sur ses biens. Mis devant le fait accompli, le pape Clément V accepte d'entériner l'arrestation en ordonnant à l'Inquisition de mener une enquête sur les faits prétendus d'hérisie sur lesquels se fonde le roi de France.

A l'issue d'un procès au cours duquel nombre d'accusés reviennent

sur des aveux obtenus sous la torture, cinquante-quatre Templiers sont brûlés en 1310.

Royal 20 C VII- Chroniques de France ou de St Denis (from 1270 to1 380) TEMPLARIOS SIENDO QUEMADOS
Royal 20 C VII- Chroniques de France ou de St Denis (from 1270 to1 380) TEMPLARIOS SIENDO QUEMADOS

En 1312, l'ordre est dissous par Clémént V, mais ses biens sont transmis à l'Ordre des Hospitaliers.

Le maître Jacques de Molay, revenant lui aussi sur ses aveux, périt sur le bûcher en 1314, victime de l'alliance à laquelle le roi contraint une papauté sans lui chancelante.

Les interrogatoires des membres de l'Ordre du Temple, menés selon des méthodes restées tristement célèbres, donnent lieu à des confessions toutes bâties sur le même modèle, et dont témoigne ce document. Les Templiers avouent avoir profané plusieurs fois les symboles chrétiens et s'être livrés à diverses pratiques alors réputées sataniques ou contre nature. Cependant, les conditions d'extorsion de ces aveux outrepassent, dans le cas présent, les pouvoirs conférés aux enquêteurs, au point que les procédures sont cassés par le pape. Il demeure que Philippe le Bel usera de "témoignages" semblables pour obtenir la condamnation des Templiers et la suppression de l'Ordre.

Interrogatoire de Guillaume Bos.
Interrogatoire de Guillaume Bos.

 

 

"(...) post subsequitur : fuit sibi hostensa quedam

crux parvula, et spuit supra eam ter et quolibet

semel, negavit eam et signum crucis, et in

continenti fuit ibidem hostensum et aportatum

quoddam signum sustensum. Interrogatus cujus

erat dictum signum, dixit quod adeo erat

stupefactus de hiis que faciebant sibi fieri, quod

vix videbat nec potuit bene perpendere cujus

figure erat dictum signum, set videtur sibi quod

esset album et nigrum, et adoravit illum signum"

 

 

"(...) puis s'ensuit : lui fut présentée une sorte de petite

croix, et il cracha dessus trois fois et autant qu'il le

voulait, il la renia elle et le signe de la croix, et dans

un récipient fut présenté et apporté là même une sorte

de signe sur un support. Interrogé sur la figure dudit

signe, il dit qu'il était à ce point stupéfait de ce qu'ils lui

faisaient faire, qu'il avait peine à voir et qu'il ne put pas

bien distinguer de quelle figure était ledit signe, mais

il lui semble qu'il était noir et blanc, et il adora ce signe."


Paris, Archives Nationales, musée de l'Histoire de France, AE II 311 (ancien J 413, n° 25), Trésor des Chartres. Original non accessible (conservé en réserve du musée). Procès-verbal en latin.

Ce cahier constitue le procès-verbal des interrogatoires menés, un mois après l'arrestation générale des frères de l'Ordre, par Géraud de Hlumaco et Philippe de Falgosio, dominicains et lieutenants de l'inquisiteur de l'hérésie en France, sur les Templiers livrés par le sénéchal de Carcassonne (Jean d'Aunay) et le viguier de Béziers.


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