Une Œuvre, une Histoire : Relique du bras droit de saint Jean-Baptiste

Relique du bras droit de saint Jean-Baptiste
Relique du bras droit de saint Jean-Baptiste

Titre / dénomination : Relique du bras droit de saint Jean-Baptiste

Date / période : XIVe-début XVe siècle

Matériaux et techniques : Métal doré

Ville de conservation : Istanbul

Lieu de conservation : Topkapı Sarayı Museum

 

Inscription :

Autour du poignet : ΑYTH H XEIP ECTI IΩANNOY TOY BAΠTICTOY.

 

Sur l’index,  la deuxième inscription fait référence à la prédication de Jean-Baptiste qui désigne le Christ comme étant le Messie : IΔE O AMNOC TOY ΘEOY.

 

Au niveau du coude, la troisième inscription concerne un moine inconnu : ΔEYCHC (ΔEYCIC) ΔOYΛOY TOY ΘEOY ΔANIYΛ

 

Traduction :

Autour du poignet : C’est le bras de Jean-Baptiste.

Sur l'index : Voici, l’agneau de Dieu.

Au niveau du coude : Une prière du serviteur de Dieu Daniel.

La translation des reliques de saints de l’Orient vers l’Occident est un phénomène courant à l’époque médiévale. Il est plus surprenant de trouver une relique chrétienne en possession d'un sultan. C'était pourtant le cas d'une relique supposée être celle du bras droit de Jean-Baptiste, aujourd’hui conservée au musée de Topkapı à Istanbul. La place qu’occupe Jean-Baptiste dans la religion islamique permet d’expliquer ce fait.

Il s’agit en effet de Yahyâ, le prophète précédant ‘Isâ (Jésus).

Il existe plusieurs reliques identifiées comme celles d’un bras de Jean-Baptiste (1). Plusieurs sources historiques, à différentes époques, font mention d’une relique de bras droit considérée comme étant celle

du Précurseur (2). Parmi celles-ci il peut être tentant de rapprocher une relique mentionnée dans les sources byzantines de celle qui est conservée au Musée de Topkapi Sarayi, même si le lien est loin d’être assuré.

D’après la chronique de Jean Skylitzès (3), une relique du bras droit de Jean-Baptiste fut transférée en 956 d’Antioche à Constantinople par l’empereur Constantin VII Porphyrogénète (913-959), pour être déposée dans une des chapelles du Grand Palais, sans doute dans l’église de la Vierge du Phare (4).

À la fin du XIIe siècle, Antoine de Novgorod, moine et archevêque en pèlerinage à Constantinople, mentionne dans ses écrits, tout ce que contient le trésor de cette église, dont la relique du bras droit de Jean-Baptiste.

D’après Du Cange, en 1263, Othon de Cicon, seigneur de Karistos en Eubée, fait présent du bras droit de Jean-Baptiste  à l’abbaye de Cîteaux en France. Othon avait donné refuge à Baudouin II, empereur latin de Constantinople, en 1261. En échange d’une somme payée en hyperpères (5) byzantins, l’empereur en fuite lui avait offert la relique. Cette dernière était conservée dans un reliquaire en argent doré. Une inscription mentionnait  qu’il s’agissait du bras du Précurseur, arrachée aux mains des Barbares par l’empereur Constantin (6) et déposé dans un trésor pour protéger l’Empire et augmenter son pouvoir.

Saint Jean-Baptiste de Guido Reni - Exposé à Londres (Angleterre) au Dulwich Picture Gallery.
Saint Jean-Baptiste de Guido Reni - Exposé à Londres (Angleterre) au Dulwich Picture Gallery.

D’après certains defters (7) conservés dans les archives du Topkapı et du Ministère Turc, on sait qu’en 1484, une relique fut envoyée aux Hospitaliers de Rhodes, présents sur l’île depuis le premier quart du XIVe siècle, par le sultan Bâyazîd II (1481-1512). Ce dernier avait payé une pension aux chevaliers pour qu’ils gardent prisonnier son frère Jem. Il semble donc que la relique revient entre les mains des Ottomans au cours de la dernière décennie du XVIe siècle. Il reste difficile de voir le lien ou de prouver l’identité entre la relique mentionnée par les auteurs byzantins, celle qui va de l’Eubée à Cîteaux et celle qui apparaît comme faisant un aller-retour entre Istanbul et Rhodes, d’autant plus qu’un ambassadeur espagnol, Clavijo, a vu une relique du bras droit de saint Jean-Baptiste dans l’église de la Vierge Peribleptos à Constantinople en 1404.

 

La relique, telle qu’on peut la voir aujourd’hui, est protégée par un reliquaire médiéval de type occidental, en métal, qui recrée la forme du bras et de la main d’une manière réaliste. Ce reliquaire est manifestement un travail italien, plus particulièrement vénitien, effectué du temps où la relique était à Rhodes entre les mains des Hospitaliers. Un motif continu de feuilles de vigne en rinceaux formant des médaillons, simule une manche en soie recouvrant le bras. On observe sur le reliquaire deux cachets en argent représentant le lion vénitien et la croix maltaise du XVIe siècle, époque à laquelle les Hospitaliers devinrent Chevaliers de Malte.

 

La position des doigts est bien connue. C’est un geste que l’on trouve dans l’art byzantin comme signe de bénédiction mais aussi comme le geste de Jean-Baptiste lorsqu’il désigne le Christ comme étant l’agneau de Dieu.

NOTE

(1) Par exemple une relique d’un bras de Jean-Baptiste est conservée à Perpignan dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste.

(2) Le Précurseur ou le Prodrome est le nom sous lequel les Byzantins désignaient le Baptiste.

(3) Historien byzantin du XIe siècle.

(4) Cette église conservait dans son trésor des reliques considérées comme particulièrement importantes, notamment celles de la Passion.

(5) L’hyperpère est une monnaie d’or byzantine créée en 1092 lors de la réforme monétaire d’Alexis Ier Comnène (1081-1118). Elle sert essentiellement au commerce extérieur.

(6) Il s’agit de l’empereur Constantin VII Porphyrogénète (913 -959).

(7) Dossiers fiscaux turcs.

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