Peintures murales de la Salle Ronde du château comtal de Carcassonne

Vue d'ensemble
Vue d'ensemble

Titre / dénomination: Peintures murales de la Salle Ronde du château comtal de Carcassonne

Date / période : Seconde moitié du XIIe siècle

Ville de conservation : Cité de Carcassonne

 

La salle dite « ronde » (sans doute à cause de sa voûte en plein cintre) se situe au centre de l’aile occidentale du château comtal de la cité de Carcassonne.

En 1926, des peintures murales ont été découvertes sous un enduit de chaux. Occupant les quatre parois de cette salle rectangulaire, elles constituent, dans l’état actuel de nos connaissances, le plus important cycle de peintures murales du XIIe siècle conservé dans un édifice non cultuel en France. Pourtant ce décor complexe n’a pas encore reçu d’interprétation convaincante.



Détail mur Nord
Détail mur Nord

Les différents épisodes de la narration picturale se répartissent en deux registres sur les murs nord et sud, et en trois registres sur le mur ouest. L’état de conservation des enduits du mur oriental ne permet de deviner que quelques traces peintes, hormis dans l’intrados de l’arc de la baie ouvrant sur la cour intérieure du château, qui, dans sa partie nord, laisse entrevoir les contours de quelques figures.


Sur les parois nord et sud, se développent des scènes de batailles, tandis que les peintures du mur occidental, beaucoup moins bien conservées, retracent plutôt des moments de discussion entre chefs et soldats.

 

Les deux camps qui s’affrontent dans les scènes de combats se différencient par leur habillement et leur armement. On aperçoit des guerriers armés de boucliers circulaires appelés « rondaches ». Plusieurs d’entre eux sont coiffés de turbans, dont un pan flotte au vent. Ces coiffes se distinguent nettement des casques coniques de leurs adversaires par leur forme arrondie sur le dessus. Les caractéristiques de cette opposition suggèrent un affrontement entre chrétiens et musulmans.

Détail du mur Sud
Détail du mur Sud

Cependant plusieurs détails posent problème. En premier lieu, la chevelure blonde du cavalier à la rondache du mur sud, renversé par son adversaire, semble peu représentative d’un guerrier musulman. Il en va de même sur le mur occidental pour l’homme également armé d’une rondache, qui porte barbe et chevelure blondes.

 

En outre, si l’affrontement représenté sur la paroi sud montre clairement la victoire du cavalier de gauche sur son adversaire à la rondache, il n’en va pas de même sur le mur opposé. En effet, au sud le vaincu est renversé de sa monture par un coup de lance, tandis que le combat qui se déroule au nord ne laisse apparaître que le détail de la lance de l’homme au turban venant se briser sur l’écu de son adversaire au casque conique. Aucun des deux cavaliers n’est renversé, mais peut-être faut-il interpréter la lance brisée comme une marque d’infériorité de celui qui la tient (1).

Mur occidental
Mur occidental

Deux autres scènes du mur occidental nous amènent également à nous interroger. Dans la première, au registre supérieur, se rencontrent trois personnages. L’un, dont on n’aperçoit plus que le sommet de la tête, est couronné. Les deux autres s’adressent à lui. Le premier, représenté de profil, porte un turban au-dessus d’un visage rouge, au sourcil exagérément froncé. Le second, de trois-quarts, arbore une chevelure ondoyante, une barbe et une moustache blanche rehaussées de bleu. Il est vêtu d’une chlamyde écarlate nouée sur l’épaule. Les deux figures, bien que juxtaposées et s’adressant au même interlocuteur, s’opposent nettement par leur traitement.


Au registre médian, à droite de la fenêtre ouvrant sur les remparts, cinq personnages sont à nouveau figurés en train de discuter. Trois d’entre eux occupent le centre de la scène.

Les deux de droite, assis, barbus et vêtus de chlamydes, s’adressent à un homme en armes, leur faisant face. Ce dernier, tient une rondache, une lance et porte une épée à sa ceinture. Cependant, il n’est pas coiffé du turban et laisse voir sa chevelure blonde et frisée, de même que sa barbe.

Mur Ouest, registre inférieur côté Nord
Mur Ouest, registre inférieur côté Nord

Il n’est pas non plus représenté dans un profil caricatural comme l’homme enturbanné du registre supérieur, mais dans un trois-quarts permettant d’admirer la finesse de ses traits.

 

Le décor peint de la salle ronde du château comtal de Carcassonne est un bon exemple de la complexité d’interprétation à laquelle le spectateur moderne est confronté face à un programme iconographique dont la source littéraire ou historique demeure  inconnue. Nous pouvons certes constater l’opposition de deux camps dont l’un semble islamique et l’autre chrétien. Mais à y regarder de plus près, les oppositions dans le traitement des différents personnages ne sont pas assez nettes pour que l’on puisse affirmer à coup sûr à quel camp appartient chacun d’entre eux.

Voûte en berceau
Voûte en berceau

Peut-être s’agit-il, dans une région proche de l’Espagne, d’épisodes tirés de la Chanson de Roland. Mais il est également possible que nous soyons face à un décor tirant sa source d’un des livres vétérotestamentaires des Rois, des Maccabées ou des Chroniques, mettant en scène des combats chevaleresques entre guerriers orientaux.

Très prisées au XIIIe siècle, de telles scènes décoraient les vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris, mais aussi la chambre du roi dans le palais de Westminster. La présence, dans l’intrados de la baie orientale, d’un oiseau aux ailes éployées évoquant le Saint-Esprit, au-dessus d’un personnage trônant, les pieds posés sur un petit monstre, tandis qu’un jongleur se produit devant lui, pourrait être un indice allant dans le sens d’une telle interprétation (2).

NOTE



1) Vers la fin du Moyen Âge le but du tournoi sera, au contraire, de briser des lances. Le vainqueur étant celui qui en aura brisé le plus.

 

(2) L’association d’un souverain trônant foulant un monstre et d’un jongleur rappelle le couple littéraire du roi Salomon et de son fou Marcolfe tel qu’il apparaît dans le Dialogus Salomonis et Marcolfi.

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