Des archéologues sur les traces d’une présence arabo-islamique.

Le colloque « Héritages arabo-islamiques dans l’Europe méditerranéenne »

à Marseille (11 au 14 septembre 2013) est l’occasion de faire le point sur les découvertes archéologiques liées à la présence des Arabo-Berbères.

 

Des traces de la présence d’hommes et de femmes arabo-islamiques dans le sud de la France quelques siècles après Jésus-Christ? Comment sont-ils arrivés? Qu’y faisaient-ils? S’y sont-ils vraiment installés ou bien se contentaient-ils de commercer ou de rançonner les autochtones? Difficile de répondre, surtout quand ces traces sont rares ou dispersées. Pourtant, des archéologues français, espagnols, italiens, portugais, allemands, belges et tunisiens, dont la passion est d’étudier le monde méditerranéen à l’époque médiévale, commencent à obtenir des éléments de réponse.

 

Traditionnellement, on a tous appris à l’école que, si les « Sarrasins » avaient été présents en France, c’était au VIIIe  siècle, à l’occasion de razzias menées depuis l’Espagne, et que, de toute façon, ils avaient été arrêtés en 732 à la bataille de Poitiers par Charles Martel, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne.

 

Toutefois, c’est aller un peu vite en besogne que de résumer ainsi l’histoire des populations arabo-islamiques dans l’Hexagone. En simplifiant, on peut dire que des soldats arabo-berbères ont été présents en Languedoc et, plus tardivement, en Provence, du VIIIe  au Xe  siècle. 

Envoyés par le calife de Damas, ils sont arrivés en provenance d’Espagne, se sont installés à Narbonne de 719 à 759. Ils ont mené des raids militaires – une guerre sainte, dit Philippe Sénac, spécialiste de cette question et professeur d’histoire à l’université de Paris Sorbonne – en direction de Toulouse (ce fut un échec), Carcassonne, Nîmes, Lodève, Avignon, Bordeaux (des succès); ils ont menacé Lyon et Autun, et enfin sont arrêtés au seuil du Poitou en 732. Mais c’est la bataille de Sigean (Aude) en 737, où Charles Martel bat les renforts venus d’Espagne secourir Narbonne assiégée, qui sera décisive.

 

Il est parfois difficile, aujourd’hui encore, de faire de l’histoire et de l’archéologie sans trop de préjugés idéologiques. D’une certaine manière, c’est la découverte successive de vestiges arabo-islamiques, souvent dispersés, lors de fouilles menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) qui va faciliter les choses. 

 

Parmi les principales traces figurent les objets du quotidien, notamment les céramiques. Très rapidement s’est imposée l’idée que les approvisionnements en objets de terre cuite obéissaient à des influences artistiques, certes, mais surtout économiques et politiques. 

 

Parmi le mobilier prélevé dans les fouilles se pressentait un attrait pour les pièces du Levant (région du Moyen-Orient, mais aussi Al-Andalus, c’est-à-dire le sud de l’Espagne), perceptible à travers le choix des formes et des décors des vases importés. La céramique est un marqueur important qui permet, bien sûr, de dater les niveaux archéologiques, mais dont l’étude apporte de nombreuses informations, notamment sur les habitudes de vie, la fonction des espaces fouillés et la situation économique du moment.

Le Fraissinet ou Fraxinetum (en arabe : فرخشنيط Farakhshanit‎ ou bien arabe : فرخسة Farakhsha). Temple de Paris
Le Fraissinet ou Fraxinetum (en arabe : فرخشنيط Farakhshanit‎ ou bien arabe : فرخسة Farakhsha)."SARRASINS !" © Quadrants édition 2013.

 

Dans les années 1990, il y eut la découverte, en plein cœur de Marseille, du bourg des potiers de Sainte-Barbe: des artisans qui travaillaient selon des techniques de façonnage et de cuisson du XIIe  siècle identiques à celles connues à Cordoue ou Samarkand. « Découverte fort troublante, car elle intervenait à un moment où les autorités publiques cherchaient à éloigner du quartier du cours Belsunce les occupants, le plus souvent issus de l’immigration et dont la majorité venait du Maghreb », explique Catherine Richarté, archéologue à l’Inrap. Ces immigrés, en fait, étaient déjà anciennement présents, là, porte d’Aix, dès le milieu du XIIe  siècle. 

 

Plus étonnante encore fut la mise au jour, toujours

à Marseille, place Charles-de-Gaulle, de sépultures

de la même période (XIIe -XIIIe) et de même origine.

« Un petit cimetière, un carré musulman d’une dizaine de tombes », précise Roland-Pierre Gayraud, du Laboratoire d’archéologie médiévale de l’Université de Provence.

 

En reprenant les découvertes éparses acquises en matière d’échanges commerciaux comme de savoir-faire techniques, les archéologues ont commencé à organiser les connaissances période par période, du VIIIe  au XVIIe  siècle, et à constater l’existence d’une certaine continuité. La Provence et le Languedoc s’avèrent être de véritables terres de contact et d’accueil où les communautés chrétiennes, juives et islamiques se sont côtoyées sur le long terme. Les contacts, parfois conflictuels, apparaissent principalement comme commerciaux. 

 

Les sources écrites latines se bornent à signaler les épisodes militaires et belliqueux. Ainsi en est-il du rapt de Mayeul, abbé de Cluny, en 972, vénéré par les Provençaux, qui donna lieu à la bataille de Tourtour, en 973, où le comte Guillaume Ier de Provence prit aux Sarrasins la forteresse du Fraxinet (La Garde-Freinet). Un événement qui marqua leur expulsion de la Provence après une présence probable sous forme de comptoir et/ou de colonie commerciale et agricole installée dans le massif des Maures. En revanche, dans les domaines économiques, sociaux, culturels et spirituels, il existe peu de traces écrites.

"SARRASINS !" © Quadrants édition 2013. Temple de Paris
"SARRASINS !" © Quadrants édition 2013.
Un des quarante-deux sceaux contemporains de la conquête arabo-berbère découverts sur le site de Ruscino (Perpignan). © R. Marichal, Ville de Perpignan. Temple de Paris
Un des quarante-deux sceaux contemporains de la conquête arabo-berbère découverts sur le site de Ruscino (Perpignan). © R. Marichal, Ville de Perpignan.

L’archéologie vient donc au secours de la connaissance depuis les années 1970, à partir desquelles les fouilleurs ont commencé à faire un peu plus attention aux couches de terrain du Moyen Âge. 

 

Ainsi en 2010 a-t-on découvert, à Château-Roussillon, près de Perpignan, une quarantaine de sceaux en plomb gravés du nom d’Arbûnah (Narbonne en arabe), datant du raid de 719 et servant à riveter des lanières de cuir fermant des sacs de butin. En 1988, à Aurillac (Cantal), on a mis au jour une cinquantaine de dinars en or des XIe -XIIe  siècles frappés au Maghreb et en Espagne musulmane. 

 

Bien d’autres choses ont été exhumées: des traces de norias à Aix-en Provence et de culture de coton, de la vaisselle et de grosses amphores dans les quatre épaves sarrasines du Xe  siècle localisées entre Marseille et Cannes. Sans oublier les textes et ouvrages de botanique, diététique, médecine, astronomie… dont certains, notamment les œuvres d’Averroès, philosophe, théologien, mathématicien et médecin, traduits en hébreu par des juifs séfarades du Languedoc au XIIe  siècle.

 

« La finalité de ce colloque est de permettre de remettre à plat un certain nombre de connaissances, de rouvrir et d’enrichir le délicat et controversé dossier sur lequel avaient travaillé quelques rares chercheurs, dont Philippe Sénac dans les années 1980. Tout cela, à un moment où, dans notre société en crise, la présence immigrée est de nouveau stigmatisée. Comme nombre de sciences humaines, l’archéologie et l’histoire se doivent d’être vecteurs d’intégration culturelle et sociale », conclut Catherine Richarté.

De la piraterie à l’établissement de comptoir

Bons marins et commerçants avertis, les arabo-islamiques ont laissé au moins quatre épaves à proximité de la côte provençale.

 

« A la fin du IXe  siècle, profitant de la déliquescence politique de l’empire carolingien, les Sarrasins (Tunisiens, Siciliens, Maltais) arrivés en Provence pratiquent la piraterie », explique Roland-Pierre Gayraud, du Laboratoire d’archéologie médiévale de l’Université de Provence. Une activité dont les vestiges s’observent encore aujourd’hui entre Marseille et Cannes, région très riche en épaves dites sarrasines, puisqu’elle en recèle quatre, peut-être même cinq.

La flotte de pirates sarrasins se dirigeant vers la Crète. Image provenant du manuscrit de Jean Skylitzès à Madrid. F°38v (13ème siècle). Temple de Paris
La flotte de pirates sarrasins se dirigeant vers la Crète. Image provenant du manuscrit de Jean Skylitzès à Madrid. F°38v (13ème siècle).

« Il s’agit de “Batéguier 1” près de Cannes, “Agay A” près de Saint-Rapahël, “Plane 3” près de Marseille et “Roche Fouras 3” près de Saint-Tropez », confirme Marie-Pierre Jézégou, du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm, ministère de la culture). La cinquième pourrait être « Tiboulen de Maïre », selon le plongeur Serge Ximenes. Seules les deux premières sont bien conservées, les deux autres étant limitées à leur cargaison. « Repérées depuis les années 1960, ces épaves ont malheureusement été trop peu étudiées, à cause notamment de leur immersion à grande profondeur (50 m et plus) limitant leur accès avec des bouteilles classiques à air comprimé », complète l’archéologue-plongeuse.

 

L’épave du « Batéguier », découverte par Jean-Pierre Joncheray à l’ouest de l’île Sainte-Marguerite, la plus grande des îles de Lérins, a été fouillée dans les années 1970, puis en 1990. Il s’agit d’un navire de commerce d’origine sarrasine qui transportait une cargaison importante de céramiques andalouses. Son chargement est composé de grandes jarres servant à contenir des denrées (olives, blé) ou de l’eau. Le complément de la cargaison comprend des céramiques (cruches, pichets, gargoulettes, lampes, marmites), des chaudrons en cuivre, un récipient en forme de chameau ou de girafe, ainsi qu’une vingtaine de meules servant à lester le navire. Il devait également être chargé de tonneaux en bois, dont il ne reste aucune trace, du fait de l’action des vers marins xylophages. 

 

La longueur du navire est estimée à environ 25 m, avec un fond plat large de 3,20 m. La coque a été assemblée selon une technique moderne, la construction sur couples, à l’instar de la célèbre épave de Serçe Liman (Turquie) du XIe  siècle. Ce site étant bien abrité, les archéologues attribuent plutôt son naufrage à un fait de guerre.

 

« Quant à l’épave “Agay A”, “inventée” par Alain Visquis, c’est également un navire marchand transportant un chargement de vaisselle, pichets, plats, lampes à huile, chaudrons en cuivre et baguettes de laiton », explique Marie-Pierre Jézégou. Mais, selon un plongeur qui l’a attentivement exploré, le principal navire serait posé sur une barque chargée d’une grosse jarre servant de réserve d’eau et d’un squelette enchaîné aux poignets. 

De plus, il y aurait d’autres jarres aux alentours. « Ce pourrait être une sorte de flottille inconnue, correspondant plutôt à un contexte militaire ou de transports d’hommes, peut-être un trafic d’esclaves », avance très prudemment l’archéologue. La coque, ressemblant beaucoup à un boutre de l’océan Indien, pourrait être davantage le fruit des chantiers navals du califat de Cordoue que ceux du monde occidental byzantin. 

 

Le mystère demeure encore et, pour le lever, il faudrait recourir à des moyens modernes (robot filoguidé, scaphandre rigide) comme ceux que le Drassm, la Marine nationale, la Comex et Dassault Systèmes viennent d’affecter à l’étude de la Lune, un trois-mâts de Louis XIV qui coula au large de Toulon en 1664.

 

Denis SERGENT

Le sac de Thessalonique par les Arabes dirigés par Léon de Tripoli en 904 -  manuscrit Skylitzès de Madrid. par les pirates arabes au sein de la mer Égée sous le règne de Léon VI. Temple de Paris
Le sac de Thessalonique par les Arabes dirigés par Léon de Tripoli en 904, est dépeint par le manuscrit Skylitzès de Madrid. C'est l'acte le plus important perpétré par les pirates arabes au sein de la mer Égée sous le règne de Léon VI.

"SARRASINS !"

Le hasard s'invite dans ce colloque avec la sortie de cette BD dont l'histoire se déroule sur les côtes de Provence au cœur du clan sarrasin Muwallad !

 

Si l’on connait déjà les guerres opposant les Sarrasins et Charles Martel à Poitiers, ou celles se déroulant dans la péninsule ibérique, on connaît mal l’histoire qui lia les pirates sarrasins aux côtes de la Provence.

Les siècles d’invasions sarrasines ont en effet également frappé la Provence. Ils y ont connu leurs heures de gloire avant de subir la « Reconquista »...

C’est ce point de vue des Sarrasins venus jusqu'à nos côtes que nous offrent Luca Blengino et Luca Erbetta.

«Je vivais avec mes frères à Farakhshanit… Les Muwallads sont des pillards.

 

Ils vivent de commerce, de vol, d'exactions, d'enlèvements et de rançon ,

 

ils vivent de piraterie.»

"SARRASINS !" © Quadrants édition 2013. Temple de Paris
Couverture de "SARRASINS !" © Quadrants édition 2013

L'histoire : Hazar sillonne la Provence et il est allié avec les Sarrasins : il fait même partie des leurs, né d’un père arabe et d’une mère européenne. Du coup, Hazar profite de sa peau blanche pour aider ses frères à piller la région. Il s’arrête dans un monastère et se fait passer pour un marchand de Poitiers... mais les moines se montrent soupçonneux. La nuit, Hazar ouvre les portes du cloître pour laisser passer ses amis les Muwallads. Ils pillent tout sur leur passage et égorgent sans vergogne les chiens d’infidèles. Hazar et sa troupe sont en fait des pirates épris de liberté. Pourtant, ils reçoivent la visite du prince Soraq, fils du Calife et maître des troupes arabes andalouses. Il propose aux Muwallads une alliance forte avec son peuple. En échange de la protection et de l’aide du Calife, les pirates sarrasins devront aider les Andalous. Le prince leur confie alors une mission particulière en Provence : arrêter une troupe de moines qui se dirigent vers Rome et intercepter le message. Les Muwallads s’interrogent et Roustam, le père d’Hazar, reste sceptique, car il refuse de perdre toute liberté. Pourtant, Hazar est emballé par cette nouvelle aventure et cette alliance avec le grand Calife. Les Sarrasins finissent par accepter le marché du Prince et se préparent à réaliser leur mission... 

«Dans la nouvelle Europe qui était en train de naître, il n’y avait plus de place pour

 

des pirates comme nous. Notre époque était arrivée à son terme.»

Voici les 6 premières pages de l'album "SARRASINS" :

 "SARRASINS !" © Quadrants 2013. Temple de Paris
"SARRASINS !" © Quadrants 2013
 "SARRASINS !" © Quadrants 2013. Temple de Paris
"SARRASINS !" © Quadrants 2013
 "SARRASINS !" © Quadrants 2013. Temple de Paris
"SARRASINS !" © Quadrants 2013

 "SARRASINS !" © Quadrants 2013. Temple de Paris
"SARRASINS !" © Quadrants 2013
 "SARRASINS !" © Quadrants 2013. Temple de Paris
"SARRASINS !" © Quadrants 2013
 "SARRASINS !" © Quadrants 2013. Temple de Paris
"SARRASINS !" © Quadrants 2013

Format : 240 x 320 - cartonné

48 pages couleurs

Éditeur : Quadrants

Prix de vente : 13,95 euros 

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