La croisade, une mission impossible ?

Parchemin, latin. 66 x 21,5 cm. Archives nationales, J 456, n° 36/1. Temple de Paris
Parchemin, latin. 66 x 21,5 cm. Archives nationales, J 456, n° 36/1.

Mémoire sur la croisade adressé au pape Clément V

par Jacques de Molay.

 

Juillet-août 1306.

 

Le 6 juin 1306, le pape Clément V écrit au maître de l'Hôpital, Foulques de Villaret, pour qu'il vienne s'entretenir avec lui, à la Toussaint, de la délivrance de Jérusalem ; en attendant, il souhaite avoir son avis par écrit sur la question. La reconquête de la Syrie et de la Palestine, perdues depuis la déroute de 1291 et la chute d'Acre, était une entreprise difficile ; Chypre et le petit royaume arménien de Cilicie, qui soutenaient les forces chrétiennes, avaient besoin d'aide. Hospitaliers et Templiers étaient les seules troupes disponibles sur place. La demande du pape fut également adressée au maître du Temple dont on détient la réponse circonstanciée :

"Au nom du Seigneur, amen. Voici l'avis du maître du Temple sur l'affaire de la Terre sainte. Saint Père, vous m'avez demandé ce qui me semble le mieux à faire : soit un grand passage, soit un petit passage. À quoi je réponds qu'un petit passage, d'après l'état dans lequel se trouve à présent la Terre sainte, ne serait pas avantageux mais dangereux et blâmable pour la chrétienté".

 

 

Jacques de Molay rejette ainsi tout "passage particulier" car une petite armée ne résisterait pas aux forces Mamelouks. Il prône un "passage général", c'est-à-dire une croisade de tous les princes chrétiens. Chypre en serait la base de lancement, des navires italiens seraient chargés de l'acheminement, 12 000 à 15 000 chevaliers et 5000 piétons seraient nécessaires. Comme mesure immédiate, il préconise l'armement d'une dizaine de galères pour protéger Chypre et harceler les infidèles, et il se dit prêt à les financer. Mais, sans doute par peur des espions, Molay souhaite décrire les objectifs précis au pape en personne. Les entretiens de pape avec les deux maîtres devaient aussi porter sur l'union des deux ordres, prônée par le roi de France. Il ne nous reste que le mémoire de Molay, qui refuse catégoriquement.

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Commentaires : 1
  • #1

    Jacques de Castelgarde (dimanche, 29 septembre 2013 19:29)

    Superbe document historique écrit en latin assez lisible et où l'on remarquera les caractères particuliers de l'époque tels que les "s" ou encore les "õ" (pour "on") et la manière d'écrire les n, m, etc.