Un Baphomet à Troyes ?

Une vision artistique du Baphomet ? Temple de Paris
Une vision artistique du Baphomet ?
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, 2013. © TEMPLE DE PARIS
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, 2013. © TEMPLE DE PARIS

Nous avons dans nos archives un dessin sur lequel trois personnes désignent d'un air stupéfait,

une étrange sculpture ornant le haut d'un pilier.

 

A l'envers de ce dessin est annotée la légende suivante : Baphomet dans une cathédrale.

 

Sans plus de précision, nous imaginions qu'il s'agissait là, d'une simple vision d'artiste.

 

Jusqu'à cette semaine…

 

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir,

par hasard, l'endroit précis qui a servi de modèle

à l'artiste pour son dessin.  Nous avons retrouvé cette soi-disant figure de Baphomet au sein même de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes.

A cet emplacement, s'est tenu le 13 janvier 1129

le concile de Troyes, au cours duquel la règle du Temple fût rédigée et acceptée.

Même si cet édifice est différent par rapport à sa construction initiale, il reste néanmoins un lieu très symbolique pour l'histoire de l'Ordre du Temple. 

 

Vous aurez bien compris que cette représentation de petit monstre est quelconque, et que ce genre

de sculpture se retrouve très souvent dans l'architecture religieuse.

 

Ce dessin n'est donc pas une création artistique

mais une reproduction d'un élément de décor existant et que l'artiste a interprété comme étant

un Baphomet !

 

Nous vous laissons le soin de rechercher, à votre tour, cette petite sculpture, lorsque vous visiterez cette cathédrale. Petit indice : munissez-vous d'une lampe torche assez puissante...

N'hésitez pas à nous envoyer vos photos si vous réussissez à capturer la "bête" !


Pour vous apporter l'explication de la légende du Baphomet, voici le texte de Jean-Vincent BACQUART, extrait de son livre – Mystérieux Templiers, idées reçues sur l'Ordre du Temple – aux éditions Le Cavalier Bleu.

La légende de Baphomet

 

La grande majorité des templiers interrogés au cours du procès ont nié avoir jamais été confrontés à une idole, et ceux qui l'ont admis ne s'accordent pas sur sa description : tête rouge ou noire, en bois ou en métal précieux, d'homme à grande barbe, à une, deux ou trois faces…

Quelle est donc cette mystérieuse idole, ce "Baphomet" que les templiers auraient vénéré dans leurs cérémonies ? A écouter les occultistes, son existence prouverait que les frères avaient abandonné la foi catholique pour – au choix – le satanisme, le gnosticisme, le catharisme, l'alchimie ou la magie…

 

Forgée de toutes pièces par des charlatans au XIXe siècle, cette légende puise ses racines dans les déclarations de deux templiers entendus le lundi 13 novembre 1307 au château de Carcassonne.

Devant Jean d'Aunoy, sénéchal de Carcassonne et de Béziers, le frère sergent Gaucerand de Montpezat révèle qu'au moment de sa réception, on lui a tendu une idole de forme "baffometique"(in figuram baffometti)  pour qu'il l'adore. Dans la foulée, son compagnon d'infortune, Raymond Rubei, précise qu'on lui demanda de baiser les pieds d'une figure "baffometique" (Archives Nationales, AE/II/311). Mis à part un templier d'Italie, ces hommes seront les seuls à jamais employer le mot Baphomet, et en encore sous une forme adjectivale.

 

A ceux qui pourraient encore fantasmer sur de telles déclarations, une lecture de l'ordre d'arrestation des templiers s'impose. Envoyé aux baillis et sénéchaux de France par Philippe Le Bel en septembre 1307, on énonce dans les "articles de l'erreur des templiers fournis par plusieurs témoins", que les frères vénèrent "une idole qui a la forme d'une tête d'homme avec une grande barbe, et que cette tête, ils l'adorent et ils l'embrassent durant leurs chapitres provinciaux".

 

La procédure inquisitoriale doit donner des résultats probants. Le roi de France n'est pas de ceux avec lesquels on peut louvoyer. Les réponses sont donc connues avant même que les questions ne soient posées… Et les accusés, placés dans les conditions adéquates, n'ont, en général, plus qu'à acquiescer.

Voilà  sans doute ce qui explique que nos deux templiers occitans, sous la pression, la torture et peut-être l'ignorance, avouent avec conviction aux hommes du roi qu'on leur a fait adorer une figure "mahométane".

 

Car Baphomet, ne désigne pas en occitan une idole magique ou diabolique, mais tout simplement Mahomet !

Dans leur ignorance de l'islam, les Occidentaux imaginent alors les musulmans comme des idolâtres, pratique qui, en réalité, a été condamnée par le prophète. Mais que ne dirait-on  pas pour satisfaire des enquêteurs "zélés" lorsqu'on est à leur merci ?

 

Analysée sous cet angle, il faut reconnaitre que l'idée d'un culte hérétique dont Baphomet aurait été la figure tutélaire fait long feu. On se demande d'ailleurs pourquoi des générations d'occultistes se sont perdues dans des débats sans fin sur l'origine de ce mot, puisque Raymond Rubei, l'un des deux templiers ayant soi-disant vénéré l'idole, avait précisé dans sa déposition qu'on l'avait également incité à dire "Yalla, qui est le mot des Sarrasins" !

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Commentaires : 1
  • #1

    Jacques de Castelgarde (dimanche, 29 septembre 2013 19:17)

    Excellent article sur un sujet polémique trop souvent évoqué par des auteurs en mal de reconnaissance "pour faire le buzz" en affirmant des stupidités ne reposant que sur des inventions et des aveux extorqués par la torture de l'inquisition.