Les rites templiers, le reniement de la Croix et du Christ

Papier, latin. 32 x 24 cm. Archives nationales, J 413, n° 24 ter. Temple de Paris
Papier, latin. 32 x 24 cm. Archives nationales, J 413, n° 24 ter.

"Voici les articles sur lesquels on doit enquêter contre l'Ordre des frères de la chevalerie du Temple". 

Vers 1308-1310

 

L'acte d'arrestation énonce une liste "d'erreurs" des templiers qui s'arrête à l'essentiel. Lors de leur réception dans l'Ordre, ils renient le Christ trois fois et crachent sur la Croix ; après avoir retiré leur vêtement, ils sont baisés par celui qui les reçoit, "au bas de l'épine dorsale", puis au nombril et sur la bouche ; enfin "ils s'obligent […] à se livrer l'un à l'autre, sans refuser, dès qu'ils en seront requis, par l'effet du vice d'un horrible et effroyable concubinat".

 

Un texte complémentaire adressé aux commissaires du roi s'interroge sur la présence "d'une idole en forme de tête d'homme avec une grande barbe" que les templiers embrasseraient et adoreraient lors de leurs chapitres provinciaux ; on ajoute que les prêtres de l'Ordre donneraient l'hostie sans la consacrer.

 

Durant l'été 1308, après que ses cardinaux ont entendu à Poitiers, 72 templiers choisis par le roi, puis à Chinon cinq dignitaires, le pape Clément V doit se résoudre à prendre en compte leurs aveux et à ouvrir une procédure sur les agissements de l'Ordre. Dans sa bulle Faciens misericordiam, expédiée à partir du 12 août 1308, il lance une double enquête : celle des évêques et des inquisiteurs dans chaque diocèse sur les personnes des templiers, celle des commissions pontificales dans chaque État sur le Temple en tant qu'Ordre.

 

C'est alors que commencent à être mises au point des listes de questions dont Nogaret et son entourage ont sûrement été les instigateurs ; cette version longue de 122 articles a été conservée dans les archives royales. Les charges sont grossies : on piétinait la Croix ou on urinait dessus, on adorait un chat ou bien des idoles (à trois visages ou avec un crâne humain), on ne pratiquait ni la charité ni l'hospitalité comme il se devait, on accroissait les biens de l'Ordre par des moyens illégaux. Pour convaincre les hésitants, les accusations à peine voilées de sorcellerie, de magie et d'hérésie se mêlent donc avec subtilité à des reproches d'une plus grande banalité.

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