Révolte à Paris contre les conséquences du renforcement de la monnaie (décembre 1306)

Philippe le Bel et la monnaie. Temple de Paris
Illustration extraite du magazine Historia - (Août 2012)

"À cause d'une mutation monétaire, c'est-à-dire du passage de la monnaie faible à une monnaie forte, une révolte désagréable s'éleva à Paris à cause des loyers des maisons.

En effet, les citoyens de Paris étaient forcés de louer leurs maisons et d'acquitter leurs loyers en monnaie forte selon l'ordonnance royale, ce qui correspondait pour le petit peuple à s'acquitter d'un loyer presque triplé par rapport au prix habituel. Enfin, une foule de gens du peuple et des bourgeois de Paris, excités contre le roi, se dirigèrent aussitôt vers la maison du Temple de Paris, dans laquelle ils savaient que le roi s'était réfugié, et demandèrent de pouvoir accéder devant lui et quand cela leur fut refusé, ils bloquèrent les issues de la forteresse du Temple par la force afin que les vivres ne puissent être apportés au roi. De plus, quand ils se rendirent compte qu'Étienne Barbette, citoyen de Paris, riche et puissant, qui était officier voyer de la cité, était le principal conseiller et à l'origine de l'ordonnance sur le loyer des maisons, très en colère contre lui, ils livrèrent au pillage puis aux flammes d'abord la maison qu'il avait hors des murs de la cité, puis de la maison qu'il habitait près de Saint-Martin dans le faubourg.

 

 Quand le roi découvrit ces méfaits, ne supportant pas plus longtemps le mal qui avait été fait à lui-même et à son bourgeois, il punit de mort tous les fauteurs de troubles qu'il put trouver. Et il fit pendre les plus coupables,  hors des portes de la cité, aux arbres les plus proches, ainsi qu'à des fourches patibulaires installées aux entrées les plus importantes de la ville".

 

Continuation de Géraud de Frachet,

Recueil des historiens de France.


Ordonnance du roi Philippe IV le Bel, datée de mai 1295, annonçant une altération du poids et de l'aloi des monnaies. Petite charte en latin, à l'origine scellée de deux sceaux dont il ne reste que le sceau royal en cire verte pendant sur lacs de soie rouge et verte.

 

Archives nationales

Cote : AE/II/296

Taille : 20 x 32 cm

Le sceau mesure 11 cm

Le règne de Philippe le Bel, roi de France de 1285 à 1314, a été particulièrement agité sur le plan monétaire. Le roi et ses conseillers ont multiplié les émissions de nouvelles monnaies. Aux dévaluations ont succédé les réévaluations, qui donnent un sentiment d'incohérence de la politique royale. Ces mutations monétaires ont finalement abouti à un mécontentement général du Royaume. Entre 1306 et sa mort, le roi fait face à des émeutes populaires mais aussi à des ligues nobiliaires qui exigent, entre autre, le retour à la bonne monnaie. 

 

Le dossier monétaire de Philippe le Bel est particulièrement chargé. Dès 1301, Bernard Saisset, l'évêque de Pamiers, l'accuse de faire fabriquer de la fausse monnaie (1). Les chroniqueurs, français ou étrangers, ne sont pas en reste. L'Italien Jean Villani, par exemple, après avoir raconté la déroute de l'armée française à Courtrai face aux Flamands (1302), affirme ceci : "Le roi de France, passée la douleur [de la défaite], fit lever l'host dans tout son royaume, et pour financer sa guerre, il fit falsifier ses monnaies" (2).Guillaume de Nangis, pour sa part, raconte l'émeute qui a secoué Paris en 1306, après une mutation monétaire dont les conséquences sociales avaient été visiblement mal évaluées... Le roi et ses barons, pendant un moment, se trouvent coincés dans le manoir des Templiers par la foule en colère. La situation est débloquée par les belles paroles de Firmin Coquerel, le prévôt de Paris. Les jours suivants, le roi ne manque pas de se venger : 28 émeutiers sont pendus aux quatre entrées de la ville, et leurs cadavres sont exposés sur des gibets pour l'exemple. Un autre chroniqueur, Geoffroi de Paris, se fait l'écho de l'impression que produisirent les mutations monétaires entreprises par le roi en 1311 et 1313. L'argent de bon aloi, dit-il en substance, a disparu du commerce; on ne trouve plus que des monnaies noires (c'est-à-dire des monnaies de billon). En outre, ces monnaies n'existent qu'en quantité insuffisante : on ne sait plus comment payer les achats courants. Le roi est un manipulateur : il prétend d'abord que 20 égalent 60, puis 90 ne valent plus que 30... Le chroniqueur rajoute enfin, non sans malice : "cette année, le roi a fait encore mieux : il souffle sur la boite, et il n'y plus rien dedans..." (3).

(1) Enquête sur Bernard Saisset dans Gallia Christiana, t. XIII, Instr., p. 122-130.

(2) Recueil de Muratori, Lib. VIII, cap. LVIII, tome XIII, 390, c.

(3) L'extrait de la chronique de Geoffroi de Paris est cité en ancien français dans L'histoire de France, de Lavisse, 1901, tome troisième (A. Luchaire), fasc. III, p. 237.

Philippe IV le Bel (1285-1314), Gros tournois à l'O rond - Temple de Paris
Philippe IV le Bel (1285-1314), Gros tournois à l'O rond - avers
Philippe IV le Bel (1285-1314), Gros tournois à l'O rond - Temple de Paris
Philippe IV le Bel (1285-1314), Gros tournois à l'O rond - revers

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