CIMETIÈRE CROISÉ D’ATLIT – CHÂTEAU PÈLERIN - ISRAËL

Premiers sondages archéologiques

Le cimetière d’Atlit est localisé à proximité du Château-Pèlerin, édifice bâti entre 1217 et 1218 durant la cinquième croisade et confié à l’ordre du Temple en 1220. Ce château auquel était associé une occupation entourée d’une enceinte fortifiée est situé à une douzaine de kilomètres au sud de Haïfa et correspond à l’une des dernières implantations des croisés au Proche-Orient.

 

L’espace funéraire a été découvert en 1934 lors des fouilles dirigées par C. N. Johns à l’extérieur des remparts et n’a alors fait l’objet que d’une fouille de surface ; le site a ensuite été partiellement remblayé. Par sa taille et son état de conservation, ce cimetière est un exemple exceptionnel illustrant les pratiques funéraires des croisés. Mais depuis sa découverte, le site, sans toutefois avoir été étudié avec les méthodes récentes d’archéo-thanatologie, se détériore peu à peu notamment à cause de la proximité de la mer.

Vue du cimetière d’Atlit (secteur 2 de la fouille 2015) avec le Château-Pèlerin en arrière-plan © Ph. Blanchard
Vue du cimetière d’Atlit (secteur 2 de la fouille 2015) avec le Château-Pèlerin en arrière-plan © Ph. Blanchard

Les modes d’inhumations observés en 1934 s’apparentent aux sépultures chrétiennes ; plusieurs dalles découvertes présentent des croix gravées et certains éléments de mobilier (monnaies, céramiques) sont datés du XIIIe siècle. Ces données ont permis de rattacher cet ensemble funéraire à la présence croisée et au Château-Pèlerin. Le cimetière d’Atlit présente les conditions idéales par sa conservation et sa taille pour l’étude d’un cimetière du Royaume franc de Jérusalem. Une mission exploratoire en mai 2014, a permis une analyse de la documentation ancienne, des observations de surface sur le site et une prise de contacts avec différents partenaires institutionnels. Nous avons pu inventorier au moins 1 265 tombes visibles sur les 1 970 décomptées en 1934, un nombre important restant encore ensablé. Nous avons enfin dressé un premier bilan exploitable et dégagé les priorités à venir dans le cadre d’une fouille programmée.

Plan général du site avec l’implantation des secteurs explorés en 2015 © M. Vivas, Y. Gleize
Plan général du site avec l’implantation des secteurs explorés en 2015 © M. Vivas, Y. Gleize

En mai 2015, une première courte campagne de sondages sur le site a pu être engagée grâce à l’obtention d’une autorisation de fouilles auprès de l’Israel Antiquities Authority (IAA) afin d’évaluer la conservation des vestiges enfouis. Cette mission associait à la fois des archéoanthropologues, des archéologues et des historiens de différentes institutions (Inrap, Université de Bordeaux UMR 5199, CRFJ, IAA).

 

Trois secteurs distincts ont été choisis suivant les différences typologiques et la densité des marqueurs de surface conservés :

 

• le secteur 1 a été implanté dans une zone très dense dans la partie Sud du site ;

 

• le secteur 2 se situe dans la partie Nord-Est du site où se trouvent les plus grandes tombes et où la densité de sépultures sur le site est la plus faible, dans la zone où se trouvait la dalle aujourd’hui conservée au Rockefeller Museum (enregistrée à la fouille comme S2SP8) ;

 

• le secteur 3, à l’Est, a été implanté dans une zone comprenant les tombes dites « à blocs taillés alignés ». Le sondage est placé à la limite des autres types de tombes afin de repérer d’éventuelles différences.

Lors de la campagne 2015, nous avons pu apporter des données inédites sur les modes d’inhumation puisque, jusqu’à lors, les observations étaient limitées aux marquages au sol des tombes. Les tombes fouillées comprennent une majorité de fosses couvertes dans lesquelles le corps du défunt est directement déposé. D’autres types de tombes pourraient être présents sur le site puisque un coffrage de pierre et un cercueil ont partiellement été fouillés cette année. Toutes les tombes fouillées dans les sondages contiennent le dépôt primaire d’un défunt et leur comblement a livré à chaque fois des ossements en position secondaire. Dans deux secteurs, la fouille a également permis d’identifier plusieurs tombes non signalées en surface.

La découverte de nombreux ossements humains en position secondaire dans les comblements et l’existence de recoupements de tombes dans les secteurs 2 et 3 montrent la complexité de l’organisation du cimetière et atteste que le nombre de 1970 inhumations est une large sous-estimation du nombre réel d’inhumations sur le site.

 

Enfin les premières études anthropologiques montrent la présence à la fois de sujets adultes des deux sexes et d’enfants mais aussi ont livré les témoignages de traces de violence sur au moins deux squelettes. Des prélèvements sur les squelettes ont pu être effectués pour réaliser des tests de faisabilité pour de prochaines études paléogénétiques.

Ces premiers résultats très encourageants ne permettent pas encore de comprendre l’organisation des tombes dans ces différentes zones du cimetière. Ils montrent toute l’importance de poursuivre l’exploration archéologique du cimetière d’Atlit en raison de la qualité des vestiges. Il sera donc nécessaire de poursuivre leur exploration pour vérifier si certaines variations observées correspondent à des distinctions au niveau du recrutement et des pratiques funéraires.

 

Au vue de la qualité de la conservation des vestiges et des questions qu’ils posent sur l’implantation du site et son fonctionnement mais aussi des risques de détérioration du site dus à sa proximité avec la mer, nous souhaitons mettre en place une étude plus large du site. Outre l’analyse proprement dite des pratiques funéraires, la particularité de ce site exceptionnel permet de s’interroger sur son organisation et son recrutement. L’objectif sera donc de poursuivre un travail sur des zones d’inhumations distinctes mais aussi d’analyser les données biologiques (âge, sexe), les traumatismes liés à de possibles évènements belliqueux et ainsi de discuter le statut des défunts. Il sera également nécessaire de poursuivre un travail en parallèle sur les archives de fouilles. Le croisement des données archéologiques et anthropologiques permettront d’analyser les transformations que le site a connues. La proximité du Château- Pèlerin et les dalles observées (certaines monumentales) posent ainsi de nombreuses questions concernant l’identité des inhumés.

Quelques exemples de tombes fouillées sur le site : tombe en fosse S2SP3 recoupée par l’installation d’une tombe en cercueil S2SP15 © Mission Atlit 2015
Quelques exemples de tombes fouillées sur le site : tombe en fosse S2SP3 recoupée par l’installation d’une tombe en cercueil S2SP15 © Mission Atlit 2015
Quelques exemples de tombes fouillées sur le site : tombe en fosse S2SP8 recoupant un coffrage en pierre S2SP13 © Mission Atlit 2015
Quelques exemples de tombes fouillées sur le site : tombe en fosse S2SP8 recoupant un coffrage en pierre S2SP13 © Mission Atlit 2015

Yves Gleize, « Mission cimetière croisé d’Atlit : premiers sondages archéologiques (10-18 mai 2015) »

Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem.

Éditeur : Centre de recherche français à Jérusalem

© Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem

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Commentaires : 2
  • #1

    Josh (mardi, 05 avril 2016 09:42)

    J'espère que ce site pourra être protégé afin que nous puissions découvrir l'Histoire de ces Croisés. Bon courage !

  • #2

    Jean-Charles (lundi, 24 octobre 2016 10:52)

    Je viens de passer trois semaines en septembre 2016 en Israël sur les traces des Templiers. La presqu'ile d'Atlit fait maintenant partie d'une base militaire et malgré mon insistance je n'ai pas pu y pénétrer. Je n'ai qu'une photo des ruines prise de la plage à 150 mètres environ. je n'ai pas vu ce cimetière que rien ne signale.