LE DONJON DU TEMPLE DE PARIS DIT "LA GROSSE TOUR"

La Grosse Tour du Temple était un élément constant du paysage et du ciel de Paris, comme le montrent toutes les vues de la capitale jusqu’en 1811. Avant de rester dans les mémoires comme la prison de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de Louis XVII en 1792, elle fut avant tout un donjon féodal. Son caractère inexpugnable garantissait bien sûr la sûreté des biens et des chartres, mais jouait également le rôle symbolique de rappel des hommages et redevances dus à la seigneurie. 

Restitution de la Tour du Temple en 3D

Voici la description de la Tour du Temple dans un rapport de visite de 1495 :

 

C'est « une grosse tour de pierre taille qarée, et à chascun quanton une tornelle de mesmes, prinse de pié jusques au feste. Et toutes cincq sont couvertez de plombz et voustéez de quatre estaiges ; et dedans icelle a puys, cave, four, mollin et chappelle, le tout bien entretenu. Lesquelles tours souloyent estre environnéez de fossez a fons de cuve, plains d'eauwe, et a pons-levis, qui estoit forte chose ; mais on a esté contrainct, du temps des Templiers, de les combler, et a présent n'y a point. »

SCEAU DE LA MAISON DU TEMPLE DE PARIS
Sceau de la maison du Temple de Paris (1290)

 

La première représentation sur un sceau de l’ordre du Temple permet de dater la construction de la Grosse Tour antérieurement à 1290. Sa datation reste incertaine dans le XIIIe siècle et les archives se contredisent en attribuant l’initiative de sa construction à deux religieux différents, frère Hubert, mort en 1222 d’une part, et frère Jean de Tour mort vers 1310 d’autre part.

 

Quoi qu’il en soit, son plan carré situe la Grosse Tour dans la lignée des donjons romans rectangulaires des XIe et XIIe siècles, mais avec des tourelles d’angle typiques du XIIIe siècle : le cas de la tour Bichat des Hospitaliers, commencée au milieu du XIIe siècle et terminée au début du XIIIe siècle, peut être considéré comme un jalon antérieur à la Grosse Tour du Temple.

Alexandre Bourla, La Grosse Tour, XIXe siècle, Paris
Alexandre Bourla, La Grosse Tour, XIXe siècle, Paris

 

Il s’ajoute en outre le problème de l’appendice carré adossé à la Grosse Tour et appelé « petite tour » sur les plans de Bourla. Plusieurs détails, dont la disposition des murs et la forme des voûtes, tendent à faire penser que cette partie fut ajoutée postérieurement, mais au plus tard au XVe siècle, puisqu’on la distingue sans aucun doute possible sur l’enluminure de Fouquet de 1452-1460. 

Une commanderie templière puis hospitalière entre ville, marais et culture, dominée par la grosse tour : ainsi se présentait l’enclos du Temple au XVIe siècle, stable dans son appellation comme dans son aspect depuis le XIVe siècle, si ce n’est l’ajout d’un logis pour le prieur et de nouvelles chapelles greffées sur l’église. Les monuments des XIIe et XIIIe siècles restaient les témoins de la grandeur d’un ordre disparu à la suite d’un procès dramatique et formaient un point de repère important au nord-est de la capitale. Enfin, la grosse tour rappelait l’emprise foncière du Temple sur l’ensemble du quartier qui avait fini par relier cette fondation isolée au centre de Paris.

Martyre de sainte Catherine d’Alexandrie

Jean Fouquet, scène du Livre d’Heures d’Étienne Chevalier, entre 1452 et 1460, Chantilly, musée de Condé, ms. 71, fol. 38, détail de la partie supérieur.

Jean Fouquet livre sur cette enluminure du XVe siècle la plus ancienne représentation du Temple avec celle qui figurait sur un sceau du XIIIe siècle. On y distingue précisément l’enclos et la Grosse Tour du Temple avec son extension latérale de plus faible hauteur appelée « petite tour ».

En 1808, le donjon fut mis en adjudication pour démolition par Napoléon désireux d’empêcher qu’il ne devînt un lieu de pèlerinage pour les royalistes. Malgré tout, longtemps, après le décret du 16 mars 1808 qui supprimait la prison, les pèlerinages s'y succédèrent ; on payait au poids de l’or les meubles et même les moindres débris des objets ayant pu servir aux augustes victimes. Le sieur Robert Morel, qui avait acheté le donjon, le 7 octobre 1808, pour 33,100 francs, sous la condition de le démolir, retarda néanmoins la destruction jusqu’en 1811, afin de tirer le plus grand profit du moindre objet témoignant de la présence de la famille royale.

À l’emplacement du donjon, la duchesse d’Angoulême, l’orpheline du Temple, planta un saule pleureur, disparu lui aussi lors de la construction de la mairie du 3ème arrondissement et du square du Temple. Aujourd’hui, le contour des tourelles d'angles du donjon sont représentées sur le bitume de la chaussée de la rue Eugène-Spuller par quatre ronds bleus, là où il se dressa pendant près de six cents ans.

De l’enclos du Temple, qui pendant sept siècles s’étendit sur plus de 6 hectares, et de l’ensemble des bâtiments qui le constitua, il ne reste plus pierre sur pierre. Église, donjon, cloître et édifices conventuels, hôtels, palais, parcs et jardins, la Révolution et le XIXe siècle ont tout englouti, hormis le nom, seule trace désormais d’une histoire dont la trame est si intimement liée à l’histoire de France.

 

La monarchie capétienne, qui entraîne la perte de l’ordre du Temple, devait, ironie de l’histoire, reconnaître son ascendant en prenant modèle sur cette tour pour le donjon du château de Vincennes, dont le principal architecte, hasard ou non, s’appelle Raymond du Temple...

Sources bibliographiques :

- La Maison du Temple de Paris : histoire et description - Henri de Curzon

  Paris, Librairie Hachette et Cie, 1888

- Le Carreau du Temple - Florian Meunier

  Editions Nicolas Chaudun, 2014

- Atlas de Paris au Moyen Âge - Dany Sandron, Philippe Lorentz

  Editions Parigramme, 2006

Nous remercions notre partenaire GREZ PRODUCTIONS pour son travail de restitution de la Tour du Temple en 3D et notamment son directeur artistique Éric ZINGRAFF.

 

www.grezprod.com

La Tour du Temple restituée à son emplacement d’origine. © TEMPLE DE PARIS
La Tour du Temple restituée à son emplacement d’origine. © TEMPLE DE PARIS

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Commentaires : 10
  • #10

    coupiac henri (samedi, 07 janvier 2017 11:55)

    dommage de la destruction d'un tel édifice qui symbolisait l'honneur,la valeur d'une parole et la droiture d'esprit ce qui manque à l'heure actuel au profit de l 'enrichissement personnelle au détriment de la foi en des valeur spirituel

  • #9

    Jehan de Baudoncourt (mercredi, 21 décembre 2016 11:39)

    Vision majestueuse que nos Ancêtres ont pu apprécier de l'extérieur et/ou de l'intérieur suivant leur condition d'origine...qu'importe la restitution est admirable. Merci. Bonnes Fêtes de la Nativité à Toutes et à Tous

  • #8

    simon (samedi, 05 novembre 2016 19:39)

    bravo et merci.

  • #7

    Benjamin (samedi, 05 mars 2016 20:25)

    Merci pour ce travail!!

  • #6

    vitor lima (samedi, 12 décembre 2015 00:31)

    I am going to Paris next week. I decide my main interst are the Medieval Cathedrals. I wish to visit as much of them as possible in a four days visit. I hope I can find a guide to tour me.

  • #5

    Jean Pierre (mardi, 02 juin 2015 20:01)

    Magnifique reconstitution. Merci pour ce travail qui nous enchante.

  • #4

    sempere (samedi, 21 février 2015 17:38)

    Un très bon et beau travail de recherche et de création !
    Merci pour ce morceau d'histoire disparu et ressuscité pour notre plus grand plaisir

  • #3

    BASSIMONT Nicole (mercredi, 21 janvier 2015 20:11)

    Dommage qu' elle n' existe plus

  • #2

    Marc Viré (vendredi, 16 janvier 2015 17:51)

    Ce travail me parait très bon, tant pour les mesures et la forme que pour la texture et la lumière.

  • #1

    Bonillo (jeudi, 01 janvier 2015 13:00)

    très belle reconstitution de la tour du temple.